Visiblement indignée que son prédécesseur Denis Coderre ait contourné les règles d’octroi de contrats pour assurer la tenue de la course Formule E l’été dernier, la mairesse Valérie Plante a dénoncé les conseillers municipaux qui faisaient partie de cette équipe et qui « ont fermé les yeux » sur ces agissements ».

Quelques heures après le dépôt du rapport du Bureau de l’inspecteur de Montréal (BIG) concernant la Formule E, la mairesse Plante a rencontré la presse et pointé en direction de l’ancienne équipe de M. Coderre dont certains membres siègent toujours au conseil municipal. « Ils ont carrément décidé de contourner les lois pour arriver à leurs fins. C’est grave. C’est très très grave », a-t-elle déclaré.

« La seule bonne nouvelle, c’est qu’ils ne peuvent plus prendre de décisions. Ce n’est plus eux qui gèrent l’argent des Montréalais », a tranché la mairesse qui souligne que l’événement a coûté des millions de dollars aux Montréal. « Je suis vraiment en colère ».

La Formule E s’est déroulée les 29 et 30 juillet 2017 dans le cadre des célébrations du 375e anniversaire de Montréal. Il n’a pas été la réussite escomptée par le maire Coderre qui s’est alors retrouvé sur la défensive alors que démarrait la campagne électorale. En arrivant en poste, la mairesse Plante a annulé la tenue de l’événement en 2018.

Valérie Plante réagissait aux conclusions du BIG. Les enquêteurs disent avoir découvert plusieurs faits troublants dans la gestion du dossier par le cabinet de l’ex-maire Denis Coderre.

Leur enquête a déterminé que le « maire a personnellement contacté un promoteur privé, evenko, pour que ce dernier fasse partie du projet Formule E à Montréal et qu’il l’aide à en faire un grand succès ». Voilà, l’entreprise a estimé que le risque financier était trop élevé et a donc refusé d’agir comme promoteur principal.

Les analyses d’evenko anticipaient un déficit annuel de 11 à 20 millions par année, pour les trois premières années de la course. Pour garder l’entreprise dans la partie, le cabinet du maire a décidé de créer un organisme à but non lucratif, Montréal c’est électrique, qui a embauché evenko pour assurer l’organisation.

Les décisions de Denis Coderre et de son équipe ont été prises en dépit des avertissements répétés du service des affaires juridiques, note le rapport du BIG. Montréal c’est électrique a servi de courroie de transmission entre la Ville et evenko notamment pour les subventions gouvernementales.

« C’est une responsabilité d’être élu, a rappelé la mairesse Plante. Les gens nous donnent leur confiance et leur vote. Et on se retrouve dans une situation où le maire a décidé de faire fi des lois pour arriver à ses fins » et sans que ses collègues du cabinet et du comité exécutif ne réagissent. « C’est inacceptable », a-t-elle lancé.

Dans son rapport, le BIG souligne que les avocats se questionnaient sur l’indépendance réelle de Montréal c’est électrique. Dans les faits, cet organisme était une extension de la Ville. « Le cabinet du maire a gardé un contrôle sur les décisions de MCE », lit-on dans le rapport.

L’administration Coderre est néanmoins allée de l’avant et a négocié un contrat pour evenko. L’entreprise devait recevoir 2 millions en frais de gestion, un boni de 500 000 $ et conserver 20 % des commandites. En plus, le promoteur facturait à l’OBNL le salaire de trois employés embauchés spécifiquement pour la Formule E.

Le BIG note que ni le directeur général ni le président du conseil d’administration de MCE n’ont participé aux négociations pour attirer la Formule E. D’ailleurs ceux-ci sont arrivés dans le portrait peu avant l’annonce de l’événement. Le président du C.A. a été nommé un mois avant l’annonce de la course, en octobre 2016 et le directeur général, moins d’une semaine.

Le BIG conclut que le cabinet du maire s’occupait de préparer les demandes de subventions tandis qu’evenko s’occupait des tâches quotidiennes.

Evenko s’explique

Dans un communiqué, evenko a souligné avoir prédit dès le départ que l’événement serait « risqué financièrement » et ferait des « déficits importants ». Mais le maire et la Ville avaient partagé avec l’entreprise une « vision à long terme » de l’événement comme « un outil dynamique pour l’image de Montréal, la promotion de l’électrification des transports et un événement qui pourrait, à terme, s’inscrire dans la trame événementielle montréalaise ».

« Nous avons choisi de participer au processus sachant que parfois, il est nécessaire d’investir pendant quelques années afin de réussir de grands projets », précise le communiqué.

« À ce jour, nous sommes d’ailleurs le seul fournisseur local à ne pas avoir été payé en totalité pour ses services. Nous apparaissons donc sur la liste des créanciers dans la procédure de faillite de MCE, le promoteur », ajoute evenko.

Coderre en désaccord avec le rapport

En entrevue avec Radio-Canada, l’ancien maire de Montréal a rejeté la conclusion selon laquelle Montréal c’est électrique aurait été utilisée comme courroie de transmission.

« Quand on a fait l’événement, c’était pour faire la promotion également de l’électrification des transports. Montréal c’est électrique, ce n’était pas juste de faire la Formule électrique, c’était aussi d’en faire la promotion », a-t-il argué.

« Pour moi, ce n’était pas juste une courroie de transmission, au contraire. On a tiré la plogue tellement vite, c’est sûr que c’est le seul événement qu’on a eu vraiment. »

Interrogé sur les réserves des services juridiques, M. Coderre a expliqué qu’il était important que la Ville fasse le suivi de l’argent investi « par les payeurs de taxes ».

« Il faut aussi s’assurer que cet événement soit un succès. Alors de poser des questions, c’est correct. Le conseil d’administration avait toutes les règles d’imputabilité et était responsable de l’événement comme tel. »

– Avec La Presse canadienne

Source : http://www.lapresse.ca/actualites/grand-montreal/201805/28/01-5183528-formule-e-ladministration-coderre-a-contourne-les-regles.php

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